Il existe une tradition, vieille de mille ans, qui pose que la lumière traversant la matière ne l'éclaire pas — elle la révèle. C'est cette idée, portée par Suger à Saint-Denis et avant lui par le pseudo-Denys, qui guide ce travail. L'agate, l'améthyste, le gesso ne sont pas des matériaux : ce sont des mediums. Des substances qui ont quelque chose à montrer, et qui attendent la lumière pour le faire.
Le gesso dialogue avec ces strates minérales. Appliqué en couches multiples, poncé, repris, il développe avec le temps une densité presque charnelle. C'est une surface qui n'imite ni n'emprunte rien, mais qui possède sa propre profondeur, ses propres reflets, une présence qui se découvre lentement. Elle se négocie, s'apprivoise, jusqu'à ce qu'elle consente à montrer ce qu'elle contient.
Ces objets vivent dans le temps. Selon l'heure, la saison, la lumière du jour, ils ne se montrent pas deux fois de la même façon. C'est peut-être cela qu'on acquiert, au-delà de la pièce elle-même : une présence qui ne s'épuise pas.
Ce travail est, au fond, une tentative d'embellir le monde.
« Je crois que le beau n'est pas une substance en soi, mais rien qu'un dessin d'ombres, qu'un jeu de clair-obscur produit par la juxtaposition de substances diverses. »
Jun'ichirô Tanizaki, Eloge de l'ombre